Via Francigena

Faire vivre la Via Francigena en soi: ce que j’ai appris

L’arrivée à Rome semble déjà lointaine: plus de trois semaines que mes pieds ont foulé la Piazza San Pietro, de retour en France depuis bientôt deux semaines… Pourtant je sens que le chemin est toujours si vivant en moi ! Toutes les belles personnes rencontrées (Ingrid, Marco, Roberto, Pascal, Rosi et tant d’autres), les connections créées et les moments partagés m’accompagnent au jour le jour, les merveilles de la nature desquelles je me suis nourrie continuent d’exister en moi, et la richesse de mon petit bout de vie italienne raisonne encore fort dans ma tête et dans mon cœur.

J’avais décidé de parcourir la Via Francigena pour me reconnecter à moi-même. Avec quelques semaines de recul, je crois vraiment que j’ai trouvé ce que je cherchais dans cette expérience. Seul l’avenir dira si ce que je crois avoir appris aujourd’hui restera vrai pour moi dans la durée. La tendance humaine à l’adaptation hédonique (le fait de revenir rapidement à un état de bonheur ou de malheur stable malgré le fait de vivre des événements positifs ou négatifs) sera sans doute ma pire ennemie, mais aujourd’hui voici ce avec quoi je rentre:

  • une identité libérée: je me sens moins limitée par les carcans de ce que, soit disant, la société attend de nous, de ce qui se fait et ne se fait pas, des éléments sensés être les signes d’une vie réussie ou ratée. Me dépouiller en chemin de l’importance de mes rôles sociaux m’a permis paradoxalement de mieux assumer qui je suis. En effet, si entre marcheurs on ne s’enferme pas dans un âge, des statuts familiaux et professionnels, ce n’a pas été le cas de toutes les personnes croisées : la plupart des réactions à l’annonce de ma marche au long cours étaient très positives, mais parfois j’ai bien senti que cela était accueilli avec perplexité et même un brin de suspicion ou de désapprobation: une femme d’âge moyen qui marche seule pendant plusieurs semaines ??! J’aurais eu une oreille à la place du nez et une troisième jambe qu’ils ne m’auraient pas considérée plus anormale… Me détacher de ce que les gens pensent de moi, ou plutôt de ce que je pense que les gens pensent de moi, et exister telle que je suis au grand jour a été profondément libérateur ! C’est cette liberté retrouvée d’être moi-même qui me permet aujourd’hui de remettre en question certains choix que j’avais faits pour mon avenir, teintés d’une volonté de me conformer à la norme. Je reviens ainsi, je crois, plus près de qui je suis vraiment.
  • une grande force: me lancer dans cette aventure malgré mes appréhensions, dépasser chaque jour un peu plus ma peur des chiens, aller à la rencontre de l’inconnu, trouver les ressources pour réagir à ce qui s’est présenté à moi en route… tout cela m’a aidé à retrouver de la force et une plus grande confiance en mes capacités à affronter l’adversité. J’ai parcouru plus de 1100 kilomètres que diable ! Qu’est-ce qui pourrait encore m’arrêter ? (Ok, j’en fais peut-être un tantinet trop)
  • un cœur à nouveau ouvert: l’expression semble sans doute dégoulinante de sentimentalisme et de sensiblerie, mais c’est celle qui représente le mieux ce que je ressens. Sous le poids des déchirures, des déceptions et des épreuves vécues ces dernières années, mon petit cœur meurtri s’était recroquevillé pour mieux se tenir à l’abri. La liberté que je me suis accordée, les rencontres que j’ai faites et la beauté de la nature l’ont touché. Il s’est rouvert, tout simplement, il a repris de belles couleurs et m’a rappelé à quel point j’aime la vie!

On m’avait dit que faire un pèlerinage était une expérience qui changeait notre regard sur la vie, j’écoutais sans trop y croire. C’était vrai. Pour combien de temps ? Je l’ignore mais j’ai confiance.

Laisser un commentaire