Roberto, Pascal et moi partons de Sutri après un petit tour au bar où nous disons au revoir à nos amis cyclistes, qui doivent arriver à Rome dès aujourd’hui si tout va bien. Nous nous immergeons dans la campagne et assistons à la récolte du safran, qui se fait à la main, assis dans le champ. Je comprends mieux le prix, maintenant que j’ai vu la difficulté de son arrivée sur le marché. Le ciel s’assombrit peu à peu et nous n’échappons pas à la pluie. Mais comme à chaque fois depuis que je suis partie, cela ne dure pas. Juste le temps de s’équiper et c’est fini. Nous nous arrêtons au bar dans le village de Monterosi, et là c’est un défilé de pèlerins: nous retrouvons Michael l’allemand, Lucia, les deux soeurs Maria et Lidia, rencontrons trois australiens…il est loin le temps où je ne croisais personne de la journée ! Nous reprenons notre route accompagnés de Lucia et tranquillement nous arrivons à Campagnano di Roma. Une fois installée à l’ostello et après un peu de repos, je prends l’apéro avec Michael au bar/resto d’en face, où des petits vieux jouent aux cartes sur fond de rap new-yorkais et de reggaeton, ce qui nous amuse beaucoup. Mes accolytes nous rejoignent pour le menu del pellegrino. Antoine, un français parti de chez lui en Haute Marne se joint à nous. Dans deux jours, si tout va bien, je serai à Rome. Je suis consciente de vivre mes dernières étapes et j’imprime tous ces bons moments dans ma mémoire : la joie, la simplicité, l’authenticité…





Ce matin, le beau temps est revenu et c’est avec plaisir que je parcoure les collines de la campagne romaine. Oliviers, forêt, champs, c’est un patchwork charmant qui s’étend devant nous. J’en profite à fond, chantonne en admirant les feuilles alourdies par la rosée du matin et illuminées délicatement par le soleil. Dans la matinée, nous arrivons au parc naturel du Veio, dans lequel nous rencontrons des chevaux et des vaches en liberté. Alors que nous croisons un groupe de chevaux, plusieurs viennent nous saluer, et l’un d’entre eux se prend d’affection pour moi. Il ne veut plus me laisser partir et me suit sur presque 100 mètres…je fonds ! Nous arrivons à La Storta (la tordue) après un chemin bucolique, et là, le retour à la civilisation est quelque peu violent: trafic intense sur la Via Cassia, poubelles qui débordent, architecture chaotique… Heureusement, nous avons décidé pour la dernière étape de se chouchouter un peu et de dormir dans un hôtel un peu en dehors de la ville au lieu de l’habituel ostello. Cela nous permettra aussi de réduire le nombre de kilomètres le long de la Cassia demain. Nous profitons donc du cadre et du calme ce soir. J’ai du mal à réaliser que déjà demain le périple s’achève. Il me semble que je suis partie hier. Je suis excitée d’atteindre mon but, mais finalement le but c’est le chemin en lui-même, alors j’aimerais aussi retenir le temps…





