Via Francigena

J52-J53: de Viterbo à Sutri, se sentir en harmonie

Avant toute autre chose, je m’arrête au bar, comme presque tous les matins. J’adore m’immerger dans cette ambiance que je ne trouve qu’en Italie. De bon matin, c’est toute une vie sociale qui se joue au bar: il semble que tout le quartier (ou le village) s’y croise, les jeunes avant d’aller au lycée, les retraités qui y lisent le journal, les travailleurs, les parents en emmenant les enfants à l’école. On discute, on se salue, on passe ou on reste un peu, au comptoir ou à une table. J’adore observer ces moments de sociabilité, ou y participer quand cela se présente. À peine sortie du bar, je rencontre Roberto et Pascal et nous commencons à marcher ensemble. Je constate rapidement une grande harmonie entre nous: notre allure est similaire; comme moi, ils aiment parler mais aussi se taire; ils dégagent une sérénité dans laquelle je me retrouve tout à fait. Tant et si bien que nous marchons ensemble toute la journée et réservons ensemble l’hébergement pour le soir. Nous traversons des gorges impressionnantes créées par les étrusques, longeons des champs d’oliviers, nous arrêtons au bar pour un déjeuner sur le pouce, puis arrivons dans un havre de paix: un couvent doté d’un immense jardin paisible, parsemé de statues, de bancs, de bosquets et d’arbres centenaires. Dans l’après-midi, je m’y prélasse, y fais une petite méditation et savoure le soleil sur ma peau. Ici c’est l’été, il fait beau, il fait chaud et je profite de cette chance, j’emmagasine les sensations que cela me procure, je sais que ce sont des réserves de plaisir dans lesquelles je pourrai puiser dans les temps plus difficiles et ternes. Le soir, nous mangeons un repas plus que copieux préparé par les soeurs, je mange trop, comme j’en ai désormais l’habitude…

Nous partons après un petit-déjeuner au couvent bon mais absolument anti zero-déchet. Tout est emballé individuellement,du biscuit au croissant à la biscotte…quel gâchis. Et, alors qu’au nord de l’Italie j’ai été très impressionnée par le tri des déchets (poubelle à compost quasi systématique dans tous les lieux d’accueil et publics), plus on descend, plus ça se gâte. Bref, nous marchons à travers des champs de noisetiers. L’ambiance est magique, le soleil perce par endroit le plafond de feuilles qui s’entremèlent tant les arbres sont serrés. Nous croisons Lucia, Maria et Lidia puis continuons pour découvrir le charmant village de Capranica, où nous faisons une petite pause. La dernière partie de l’étape nous porte dans un bois digne de la forêt de Broceliande: une petite rivière à l’eau claire y coule, des champignons plus farfelus les uns que les autres y prolifèrent, les troncs sont couverts de mousse… je m’y perds dans des rêveries et des contemplations, je ne fais plus qu’un avec la forêt, je ressens une harmonie totale entre ce qui m’entoure et mon intérieur, je perds la notion du temps. Un très beau moment! Et dès la sortie du bois, Sutri se dresse devant nous fièrement, quel bonheur de rentrer directement dans le centre sans passer par la case zone industrielle ou banlieue dortoir. Nous avons prévu de loger dans un ostello tenu par des soeurs clôitrées. L’accueil n’a rien à voir avec celui que nous avait offert Marie-Claire quelques jours auparavant, pourtant elle aussi cloitrée. On nous fait attendre une heure avant de nous ouvrir la porte, puis une soeur nous parle à travers ce qui ressemble à un guichet grillagé. Les crédentiales et le donativo doivent être déposés dans un tourniquet…étrange. Le contact est minimaliste et froid. Est-ce qu’un Dieu, s’il en existe, a bien pu souhaiter cela ? Cela me laisse perplexe mais ne comprenant pas bien de quoi il en retourne je préfère ne pas juger non plus… Nous rencontrons Yan et Nico, deux jeunes diplômés d’une université suisse qui voyagent en vélo, et Manuel, italien également cycliste. Nous mangeons tous ensemble un menu du pellegrino en échangeant nos anecdotes et souvenirs des différentes étapes. Je passe une très bonne soirée, à l’aise et dans mon élément.

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