Via Francigena

J50-J51: de Bolsena à Viterbo, ça se bouscule sur la Via

Je quitte Bolsena en longeant de grandioses villas avec vue sur le lac. Je ne suis pas matérialiste, mais j’avoue que je m’y verrais bien quand même. Au bout d’un chemin, un panneau m’attend: « vous allez traverser le territoire d’une entreprise agricole, merci de respecter les animaux et les cultures ». Il est suivi d’un autre panneau « Attenti al cane ». Ok, d’accord, mais moi je fais comment si je traverse et que le chien veut défendre son territoire ? Je réfléchis et décide d’attendre un peu pour me donner du courage. Et comme souvent, la solution arrive comme par enchantement. Le berger qui travaille sur ce domaine arrive en voiture et s’arrête pour lever la barrière qui en marque l’entrée. Je lui demande alors s’il faut craindre le chien ou non. Et il m’indique un autre chemin qui est plus rapide et qui évite tout risque de malentendu avec ses chiens. Ouf ! Je repars reconnaissante et rassurée. De plus, le petit chemin à travers bois qu’il m’a indiqué est charmant. Un peu plus loin, je retrouve Lucia, Giovanni et Mari-Angela et nous poursuivons ensemble en admirant les belles vues sur le lac. Ni vu ni connu nous arrivons à Montefiascone, qui marque les 100 kms restant jusqu’à Rome (information erronée d’après Giovanni, ce serait plutôt 120 parait-il). Nous logerons ce soir au Monastero San Pietro, tenu par des soeurs cloitrées. Soeur Marie-Claire, affable franco-egypto-gabonaise au rire communicatif, nous accueille avec chaleur. Cela fait 12 ans qu’elle est au monastère et n’en est que très peu sortie. Interpellant ! Je fais un tour dans le centre historique puis me repose un peu. Peu à peu, le lieu se remplit de pèlerins, j’avoue que j’en ai rarement côtoyés autant d’un coup. En plus de nous quatre, il y a Paul et Michael, deux autrichiens, Roberto et Pascal, que je connais déjà, Marie-Dominique, une artiste peintre suisse, et surtout (je dis surtout car ils sortent du cadre typique du pèlerin) Thali et Mitch et leurs quatre enfants de 2 à 11 ans, qui ont quitté leur ville de Jerusalem il y a bientôt deux mois pour parcourir la partie italienne de la Via Francigena à vélo. Leur attirail est impressionnant : un tandem auquel est accroché un vélo d’enfant, plus un vélo qui traîne un petit « chariot » pour Rasi, le plus jeune des enfants (et qui me fait fondre tellement il est trop trop trop mignon), et un autre vélo pour la plus grande des filles. Toute la petite (non, grande) famille tient sur cet équipement. C’est donc toute cette joyeuse troupe bigarrée qui déguste le repas préparé et servi par les soeurs. Les légumes de l’immense jardin qu’elles cultivent sont délicieux et une fois de plus je me couche plus que rassasiée.

Je quitte Montefiascone avec Lucia, Giovanni et Mari-Angela, et nous sommes vite rejoints par Maria, Lidia et Michael, un jeune allemand. Si j’apprécie de marcher en compagnie d’autres personnes, là j’avoue que ça fait un peu trop pour moi, en tout cas aujourd’hui où j’ai envie de réfléchir, de contempler, de prendre mon temps. Petit à petit et sans vraiment le faire consciemment, je les laisse me distancer et continue seule à travers la campagne. Viterbo m’attend, cette ville me plaît immédiatement et beaucoup, car on y retrouve l’architecture médiévale, les petites ruelles comme à Sienne, San Gimignano et autres, mais on sent aussi qu’elle n’est pas spécialement dédiée au tourisme, les ruelles sont un peu dans leur jus, la plupart des passants sont des locaux, l’accent commence à ressembler à l’accent romain… j’adhère ! Dans mon ostello, qui se trouve dans un couvent de capucins, je retrouve Thali, Mitch et les enfants, puis je rencontre Alfred, allemand qui vit en Hollande et qui finit sa marche entamée à San Miniato. Je vais manger avec lui au resto du coin et passe une très bonne soirée à échanger, comme si nous nous connaissions depuis toujours.

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