Je quitte Sienne de bon matin et la vois s’éloigner du coin de l’oeil en parcourant la campagne alentours. En chemin, je rencontre des « petits nouveaux »: Chris, de Chicago, et Charlotte, hollandaise, qui sont chacun partis de Sienne pour aller jusqu’à Rome. Eux aussi marchent plus vite que moi, ils ne tardent donc pas à me distancer, d’autant plus que je ne peux m’empêcher de m’arrêter sans cesse pour admirer collines, vallons, cyprès, dégradés de jaune et de vert qui me laissent rêveuse. Dans l’après-midi, je traverse un champ de tournesols qui me plonge dans une réflexion sur la vie, sur l’espoir et sur le fait d’oser être soi: tous les grands tournesols baissent la tête, c’est l’automne, ils sont brulés et ne regardent plus vers le soleil, ils lui tournent même le dos, semblant résignés. Mais ici et là, de tout jeunes tournesols pétillants d’un jaune bien vivace leur font face effrontément, ils profitent du soleil, ils resplendissent. L’image me plait et m’inspire ! Je sors de mes pensées en voyant arriver un autre randonneur: Christian, franco-suisse, qui va aussi jusqu’à Rome. Nous discutons quelques instants puis il part devant. J’arrive à Ponte d’Arbia, minuscule village qui est mon étape de ce soir, et m’installe dans l’énorme ostello où je suis seule ce soir. Je suis un peu déçue car je suis d’humeur sociable aujourd’hui, mais je prends ce qui vient… Au moment de cuisiner mon dîner, je me révèle incapable d’allumer la gazinière de cuisine professionnelle mise à ma disposition. Je me résous donc à aller au resto d’en face qui propose un menu du pellegrino. En entrant, je tombe sur Anna et Manuela qui m’invitent à leur table. Nous sommes vite rejointes par Christian. Je passe donc un très joyeux moment avec eux, mon humeur sociable peut se rassasier d’éclats de rire, d’anecdotes et de partage ! La vie réserve chaque jour de nombreuses petites surprises et je compte bien profiter de chacune d’elles.







Ce matin, un brouillard épais accompagne chacun de mes pas, je ne vois strictement rien de ce qui m’attend. Cela représente assez bien la façon dont j’avance dans la vie ces derniers mois (années). Mais, en fait, n’est-ce pas la façon dont nous avançons toujours dans la vie, si l’on veut bien sortir quelques instants de notre illusion de contrôler quoi que ce soit ?
Bref, une fois le brouillard quelque peu dissipé, je rencontre Karina et Max, mère et fils suédois qui marchent depuis Canterbury en plusieurs petits bouts. Nous passerons toute la journée à nous croiser dans la joie et la bonne humeur. Nous passons cependant un peu plus de temps lors d’une pause dans une (délicieuse) pâtisserie de Torrenieri, et c’est l’occasion pour Karina de me faire part d’une réflexion qui attire toute mon attention: elle sent qu’en marchant son corps et son mental s’alignent, elle se sent plus unifiée au fur et à mesure du chemin. Je ne peux qu’approuver, même si mes tergiversations mentales sur mon avenir n’ont pas cessé en marchant. La différence est peut-être que j’arrive plus facilement à les accepter et à m’en détacher pour vivre pleinement le présent. En reprenant ma marche, je réalise aussi à quel point mon corps soutient ce projet un peu fou depuis le début. Il ne m’a pas lâché pour le moment: oui j’ai parfois mal aux pieds, oui mes cuisses brûlent souvent, oui j’ai l’impression d’être rouillée quand je me lève après être restée assise plus de trois minutes. Mais ce corps, si petit et imparfait soit-il, soutient mon mental quand celui-ci flanche et n’a plus envie d’avancer. Je le remercie à haute voix tout en continuant mon périple. J’arrive dans le village perché de San Quirico d’Orcia et ai un vrai coup de coeur pour ses ruelles, ses jardins, ses petites places… Je retrouve Anna, Manuela et Christian et nous passons une excellente soirée (un peu gargantuesque c’est vrai, mais marcher ça creuse, je l’ai déjà dit) à déguster un menu du pellegrino. En me couchant, je repense à ma discussion avec Karina. Telle que je la vis, son équation est incomplète si l’on ne rajoute pas un troisième larron au binôme mental / corps: le coeur, les émotions. Personnellement, je me sens alignée lorsque mes pensées, mon corps et mon coeur sont en harmonie. Autant dire qu’il s’agit là de moments précieux (comme lorsque j’observe avec émotion un champ de tournesols) !





