Via Francigena

J42-J43: de San Gimignano à Siena, voyager dans le temps

Quitter San Gimignano en parcourant ses rues désertes est magique. La laisser disparaître doucement derrière moi baignée par le soleil levant est divin. Et anéantir cette douce contemplation par une envie de faire pipi est juste irritant, mais cela fait partie intégrante de l’expérience de la marche au long cours… Ce problème résolu, je poursuis ma route et décide de prendre une variante pour découvrir Colle Val d’Elsa. Le centre historique, entouré de remparts, est très sympathique, la bordure de route qui le suit l’est nettement moins, mais comme tout, cela ne dure pas. Je traverse ensuite des forêts, des vignes, dépasse des petits châteaux et je finis par atteindre Abbadia Isola, tout petit village où se trouve mon ostello ce soir. Le village entier est en fait une ancienne abbaye et rien ne semble avoir changé depuis sa création au 11ème siècle. J’y débriefe l’étape du jour avec le (très bel) Emiliano, croisé sur la minuscule place du village, puis Jean-Claude, jeune sénégalais hébergé par des prêtres des environs, m’accueille à l’ostello. Il me tiendra aussi compagnie pour dîner. Il m’impressionne par sa personnalité et m’inspire par sa philosophie: il est concentré sur ses objectifs, n’accorde aucune attention à l’intolérance croisée en route et saisit toutes les chances qui lui sont offertes d’avancer et de trouver sa place. Une belle leçon de vie.

Je dors tellement bien que mon projet de partir à l’aube tombe à l’eau et je ne décolle que vers 8h. L’univers ne me punit pas pour autant puisque le soleil ce matin se mêle au brouillard pour m’offrir une ambiance toute particulière dans laquelle je plonge avec délectation sur le parcours jusqu’à Monteriggioni. En poursuivant, je rencontre Keith, canadien d’origine hollandaise qui a travaillé toute sa vie dans des parcs nationaux au Canada et aux États-Unis, alliant ainsi son travail et sa passion pour la nature. Moi qui hésite constamment entre plusieurs voies professionnelles, je suis légèrement envieuse de ce parcours qui semble si cohérent. Nous faisons un arrêt au Punto Sosta La Villa, un petit espace installé en plein air dans un village où des volontaires nous offrent café et biscuits. Je discute avec eux un petit moment, Keith partant devant moi. En reprenant ma marche, je rencontre trois promeneurs du dimanche qui m’accompagnent quelques dizaines de minutes, en me posant une foule de questions sur mon voyage. Un moment plein de bonhomie et de bonne humeur. En fin d’étape, je tombe sur Emiliano et c’est donc ensemble que nous arrivons à la mythique Piazza del Campo. En foulant les rues de Sienne, tant de souvenirs me reviennent. Il y a tout juste 20 ans, en 1999 (déjà?), je passais 4 mois ici à étudier l’italien, à profiter de chaque instant, à entrer dans l’âge adulte. Je retourne sur mes pas mais beaucoup de choses ont changé : les salles de cours où je me rendais chaque matin ont disparu, l’endroit où j’habitais a été transformé en Bed and Breakfast: le temps est passé par là, comme partout. Malgré tout, c’est avec émotion que je me replonge dans les souvenirs qui se réveillent en déambulant. Je sors de mes rêveries car ce soir, j’ai rendez-vous avec Tiziana, une collègue de l’université de Sienne rencontrée en Hollande il y a quelques années. En me préparant à partir de l’ostello, je rencontre Anna et Manuela, deux amies tout juste arrivées des Dolomites. Elles commenceront à marcher demain et pour fêter ça elles m’offrent du Lambrusco. En l’absence de verres, nous trinquons avec nos gourdes! Je retrouve ensuite Tiziana pour un apéritif dînatoire dans un bar Piazza del Campo. Un excellent moment pour clore une excellente journée. J’ai voyagé avec plaisir dans le temps aujourd’hui, mais le présent me convient tout à fait!

Laisser un commentaire