Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Je quitte San Miniato à l’aube pour admirer les couleurs, le ciel est quelque peu nuageux mais me laisse tout de même en apercevoir…Je traverse des paysages sublimes à perte de vue, me donnant presque la sensation de dominer le monde (ça doit être mon côté mégalo). Mais la force des éléments me ramène à ma petite place d’humaine: le vent se déchaîne sur ces hauts de colline, le soleil frappe fort… j’adore ! Moi qui n’ai croisé personne pendant deux jours, je rencontre aujourd’hui une foule de marcheurs: tout d’abord Pierre, un gai luron québécois, puis trois italiens. Je pense à tort que j’ai eu ma dose maximum pour la journée, vu la pénurie des jours précédents, mais en arrivant à l’ostello Sigerico, Antonella qui me reçoit m’apprend que ce soir nous sommes huit. Bonheur, joie, exultation ! Et en effet, une famille éphémère se constitue: il y a Pierre (le deuxième de la journée), jeune ingénieur toulousain entre deux boulots, Pia et Renata, retraitées milanaises dynamiques et volubiles, Antonio, force de la nature qui parcoure 50 kms par jour, Emiliano, (très beau) toscan qui profite d’un long weekend pour redécouvrir sa région à pied, et un couple de florentins dont les prénoms m’échappent. Nous nous attablons tous ensemble et passons un dîner fantastique à faire connaissance. Cerise sur le gâteau : en fin de repas, Antonella nous ouvre la porte de l’église du 11ème siècle adjacente à l’Ostello (le plus beau jusqu’ici) pour une visite privée. Deuxième cerise sur le gâteau : aucun ronflement dans la nuit alors que je partage ma chambre avec trois robustes hommes ayant bien arrosé leur repas ! Quelle journée !






Le matin suivant, après un solide petit-déjeuner et un lever de soleil en prime, je pars avec Pierre. En chemin, il me montre comment il utilise son drone, qui lui permet de faire des films magnifiques sur son voyage. Nous rencontrons l’autre Pierre en chemin et marchons un moment tous les trois dans la joie et la bonne humeur. Cela ne dure pas car ils vont trop vite pour mes petites jambes, surtout dans les montées, qui ne manquent pas en terre toscane. Je les laisse donc partir devant et continue en m’arrêtant toutes les deux minutes, tant je suis émerveillée par ce qui m’entoure. Je les retrouve pour une bière bien méritée en arrivant à San Gimignano, merveille médiévale saturée de touristes américains. J’ai comme l’impression d’être à Disneyland. Je pars m’installer à l’Ostello où m’attendent les deux volontaires présents pour la semaine, Marisa et Oliviero. Ils m’annoncent qu’avant le dîner aura lieu un cérémonie de lavage des pieds ! Me vient alors une légère angoisse: je sais qu’il s’agit là d’une tradition liée au pèlerinage, mais je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Je décide d’appliquer ma philosophie actuelle: laisser venir ce qui vient et être ouverte à la nouveauté. Finalement cela s’avère surprenant mais intéressant, Oliviero mouille mon pied au dessus d’une bassine en céramique, le sèche, l’embrasse et ensuite ils recitent tous les deux une prière. Nous mangeons ensemble ensuite. Enfin, il est sans doute plus exact de dire qu’ils mangent et je me gave… Je pars ensuite retrouver Pia et Renata pour boire un verre sur une des places iconiques de San Gimignano, la piazza Cisterna. Je savoure un Montepulciano Nobile, que je qualifierais de tuerie absolue, en discutant à bâtons rompus en italien: je suis heureuse ! De plus, la ville respire une toute autre atmosphère car l’écrasante majorité des touristes sont partis, son charme me touche et je vais me coucher comblée par toutes ces rencontres et découvertes.








