Sortir d’une grande ville à pied est toujours long et quelque peu périlleux, et quitter Lucca n’échappe pas à la règle. Je marche le long de routes assez fréquentées et traverse des banlieues résidentielles sympathiques mais banales. Puis la Via emprunte des chemins forestiers plus agréables, jusqu’à arriver dans la jolie ville d’Altopascio. J’y fais un passage à la bibliothèque municipale pour rendre un service à mes amis écossais Andy et Michelle, plus revus depuis longtemps mais avec lesquels je suis toujours en contact. Ma mission consiste à récupérer pour eux, sur papier libre, un tampon qui est, semble-t-il, mythique et important historiquement. Je l’accomplie avec joie. J’emprunte ensuite une voie romaine quasi intacte pour arriver à Galleno. Je suis impressionnée et me sens un petit maillon de la grande histoire de l’humanité (rien que ça) ! Je suis accueillie à l’ostello par Gabriella, concentré de chaleur et de bonne humeur. J’apprends que ce soir je suis la seule pèlerine. Passée une légère déception, je passe une très bonne soirée en compagnie de moi-même, autour d’un délicieux plat de spaghetti que je prépare en mon propre honneur et que je déguste en écoutant de la musique.





C’est donc seule dans l’ostello que je me réveille. Je suis d’excellente humeur malgré le fait que je n’ai pas réussi à me lever pour admirer l’aube. Tant pis, ce sera pour demain (ou un autre jour). Je commence à marcher dans la forêt: tout est calme et volupté. Oui, mais… c’est jour de chasse au sanglier et je suis encerclée par des coups de feu qui viennent de nulle part et semblent très (trop) proches. Pour que les prédateurs comprennent bien qui je suis, je fais le plus de bruit possible en traînant mes pieds sur les cailloux, en tapant fort avec mes bâtons et en toussant. Le ridicule de la maoeuvre ne manque pas de m’amuser. Je ne croise personne de presque tout mon parcours, je l’accepte. Après une phase très « sociale », je sens que le chemin vibre ces jours-ci d’une tonalité plus introspective et contemplative. Et il y a de quoi contempler! Je suis bel et bien en Toscane: collines, cyprès, oliviers, vignes, rien ne manque et je me régale. À l’entrée de San Miniato (partie basse de la ville), je tombe sur deux petites tables et deux chaises aménagées dans une rue: il piccolo ristoro della Via Parini. Des inconnus mettent à disposition des marcheurs des fruits, du café et d’autres douceurs, sans surveillance et en toute confiance. Je suis touchée par ce geste d’accueil gratuit. J’y fais une pause avant mon ascension vers San Miniato, qui se laisse peu à peu découvrir dans toute sa beauté. Mamadou, migrant sénégalais, m’accueille à l’Ostello et me parle un peu de son parcours et de la difficulté de s’intégrer en Italie. Ce pays est un paradis, mais pas pour tout le monde… Je rencontre aussi Elisabetta et Maria, les premières personnes que je croise qui font la Via Francigena dans le sens inverse. Le soir, je dévore mon dîner. Mon appétit semble ne plus connaître de limites ces jours-ci, j’alterne entre m’en réjouir en me faisant plaisir et tenter de me raisonner. Étrangement, c’est toujours la gourmande qui gagne !






