Aujourd’hui encore je marche avec Marco, aujourd’hui encore nous partons avant l’aube, et aujourd’hui encore nous passons la moitié du chemin à saliver à l’idée de ce que nous allons manger ce soir. Mais, ce qui change, c’est qu’aujourd’hui on voit la mer ! Après tous ces jours de marche, après avoir traversé des montagnes, des champs, des forêts, je vois la mer de Ligurie. Je suis émue, d’autant plus que nous ne nous y attendions pas, car les personnes interrogées à Aulla hier nous ont toutes assurés qu’on ne la verrait pas aujourd’hui. Comme beaucoup d’entre nous, ils ne connaissent pas si bien l’endroit où ils vivent. Nous traversons des bosquets et je suis soulagée de voir que je ne suis pas la seule à avoir quelques difficultés animalières: Marco a la phobie des serpents et son ratio km/heure explose lorsque l’on traverse des zones plus arrides et escarpées. Est-ce pervers de s’en réjouir ?
Nous arrivons à Sarzana, et, comme nous l’avions fantasmé depuis la veille, dévorons un kebab (oui, je sais, c’est un peu honteux de manger un kebab au lieu des délicieuses spécialités locales mais, pour ma défense, marcher ça creuse). Le prêtre qui gère l’Ostello se fait attendre « car il doit se reposer » et, lorsqu’il arrive enfin, je découvre un personnage d’une antipathie rarement observée dans ma vie. Il nous dit à peine bonjour, ne nous regarde pas, nous explique d’une voix mécanique les règles de l’Ostello. Dieu est amour mais il a oublié de passer par ici… Cet épisode et le coté peu engageant du lieu ne nous empêchent pas de nous reposer et de passer une bonne soirée dans cette ville animée, que je qualifierais presque de branchée.




Pas de départ à l’aube pour moi ce matin, j’ai apprécié l’expérience mais souhaite aussi prendre mon temps, je marche donc seule. Il est tout de même tôt quand je pars, la douceur des lumières qui caressent Sarzana quand je la quitte en témoigne. Quelques villages et champs d’oliviers plus loin, je fais une infidélité à la Via Francigena et m’en écarte : hors de question pour moi de passer si près de la grande bleue sans aller la saluer: je file à Marina di Sarzana. En entrant sur la plage: qui vois-je apparaître ? Mes amis russes Inna et Viktor ! Incroyable, partout où je vais je les vois, même en dehors du chemin ! Nous sommes tous les trois ravis de cette surprise et nous saluons chaleureusement. La plage est presque déserte en ce début octobre, et je suis là seule à me baigner. Habituée à l’eau normande, la température me convient parfaitement et je me délecte de ce moment de répit, mes pieds aussi !
Je reprends ma marche qui se poursuit à travers des collines de vignes et ressens les kilomètres rajoutés aux 29 prévus, mais je suis heureuse de m’être accordée cette escapade. Arrivée à Massa, je retrouve Marco et rencontre Regina et Ingrid, deux amies australiennes. La soirée se passe dans la joie au milieu de la foule, fête patronale de la ville oblige.






