Je quitte l’Ostello du Passo della Cisa mal réveillée, et un peu fatiguée, mais rapidement l’arrivée en Toscane me dynamise et m’émerveille. Je traverse une forêt de pins centenaires baignée d’une lumière douce qui semble m’envelopper. J’admire les montagnes qui se détachent les unes des autres, telles des ombres chinoises. Après un col offrant une vue à 360°, je descends dans un village et suis violemment ramenée à ma peur des chiens par trois roquets (je ne vois pas d’autre mot employer) en liberté qui se mettent à aboyer en me voyant apparaître à l’autre bout de la rue. Mon sang ne fait qu’un tour et mes vieux réflexes reprennent le dessus : je fais demi-tour ! Lorsque je suis assez loin pour qu’ils cessent, je retrouve ma raison. « Sabine, tu ne peux pas rester bloquée ou faire demi-tour…que faire ? » Vite, vite, soyons créative…j’ai cru entendre de la musique dans la première maison du village, alors je tente le tout pour le tout: je sonne chez eux. Une dame sort: « Désolée de vous déranger, mais il y a des chiens là-bas qui ne me laissent pas passer (ce n’est pas tout à fait vrai car je n’ai même pas essayé). Pouvez-vous m’aider ? » Et la dame gentiment m’accompagne dans le village et fait fuire les chiens. Un peu honteuse mais très reconnaissante, je poursuis ma route pendant encore de nombreuses heures avant d’arriver à Pontremoli et d’y retrouver Marco à l’ostello de San Lorenzo Martire, un ancien couvent transformé en accueil pour pellegrini. Nous mangeons un délicieux « menu du pèlerin » à prix dérisoire en compagnie de Myriam, qui est arrivée à sa destination finale.




Aujourd’hui, Marco et moi avons décidé de marcher ensemble. Il m’a convaincue de partir tôt, moi qui suis toujours la dernière en temps normal. Il est 6 heures et aucun signe de lever de soleil à l’horizon. La pluie s’est abattue une bonne partie de la nuit sur la ville et nous profitons d’une accalmie pour partir, la lampe frontale vissée bien solidement au crâne. Marcher la nuit sous la pluie dans des rues désertes est une expérience intéressante mais, comment dire…je sursaute à chaque bruit, à chaque ombre qui bouge. Je suis une aventurière, certes, mais j’ai mes limites et elles ne sont pas si larges. Le jour finit par se lever sur ma témérité, timidement, obscurci par la pluie. Le ciel se dégage ensuite et nous savourons les rayons du soleil. Cela ne nous empêche pas d’être quelque peu embourbés dans des chemins boueux. Je remarque que tout me semble malgré tout relativement facile, je me laisse porter par les rires et les discussions que nous avons sur tout et rien ( mais surtout sur ce que nous mangerons ce soir, sujet principal d’intérêt), et emportée par le chemin, qui me précède, m’accompagne, me suit… Marcher est devenu comme une seconde nature, ce ne sont plus des vacances, c’est la façon dont je vis ces jours-ci, ni plus ni moins. L’arrivée à Aulla se fait sous le signe d’un arrêt tant fantasmé à la pizzeria, puis nous nous dirigeons vers l’Ostello, plein à craquer ce soir…les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Emportée dans mon chemin, dans Ma Via, je me prends à rêver d’aller jusqu’à Rome…




