Via Francigena

J25 – J26: de Corte Sant’Andrea à Fiorenzuola d’Arda: gérer les contrastes

Nous partîmes à trois (Felice, Mauro et moi), nous arrivâmes…toute seule ! Et oui, chacun son rythme, et rapidement Mauro part devant, moi au milieu et Felice derrière. Le jour qui se lève sur la campagne et sur le Po est magnifique. Si la matinée est agréable, l’arrivée à Piacenza est pénible : un chemin asphalté le long d’une route interminable et très fréquentée notamment par les camions, pas un coin d’ombre… je souffre. En revanche, le centre de la ville porte bien son nom (Plaisance en français): les bâtiments sont plus beaux les uns que les autres, les cours intérieures fleuries rivalisent de beauté, la cathédrale me laisse carrément sans voix, les habitants circulent tranquillement à vélo… quel contraste avec la route qui m’y a menée! Je retrouve Felice pour le dîner, et il en profite pour me faire visiter son Bed and Breakfast « Il Palazzo Ghizzoni Nasalli », qui est juste splendide. Il s’agit d’une maison bourgeoise ornée de fresques et de tapisseries, d’une élégance exquise. Les propriétaires pourraient en tirer une somme incroyable vu le caractère exceptionnel de la demeure, et pourtant ils font payer 20 € la nuit aux marcheurs de passage, impressionnant ! Ils nous conseillent la trattoria La pireina où nous nous régalons de spécialités locales, et notamment les Pisarei e fasò, des petits gnocchis servis dans une sauce aux haricots blancs, sauce tomate et lard, un aspect peu ragoutant mais un délice absolu.

Une habitante de Piacenza m’a dit hier: « L’étape de demain est la pire de la Via Francigena « . Elle n’avait pas tord. Je traverse des zones industrielles du type coupe gorge, marche en bord de nationale, parcoure des kilomètres d’asphalte, à travers des terres ravagées par l’agriculture intensive. Je rase des fermes semi-abandonnées mais qui cachent tout de même quelques fois un chien énervé… Quel soulagement d’arriver à Fiorenzuola d’Arda, petite ville sympathique. Une fois installée et reposée, je pars à la découverte de la ville. Je ne tarde pas à croiser un homme qui regarde avec insistance mes sandales. Rien d’inhabituel puisqu’il n’y a que les pèlerins pour porter des sandales un soir de fin septembre, j’ai appris à ne plus faire attention aux regards surpris des passants. Mais quelques minutes plus tard, il me rattrape et entame la conversation. Nous parlons quelques instants de la Via Francigena, de mon parcours, de ma destination…puis la remarque interloquente: « En tout cas, tu as de très beaux pieds, tu fais du combien ? » (Je sens le truc un peu hors du commun mais j’ai le réflexe idiot de répondre à la question). Et il enchaîne : « Je suis fétichiste des pieds » (Il transpire ou c’est juste une impression ?)  » Ça te dirait de faire une expérience ? » « No, grazie » Je prends congé gentiment, il me salue très cordialement et l’anecdote finit là, mais elle aura le mérite d’animer ma soirée, que je finis devant le meilleur plat de tortelli ricotta e spinaci qu’il m’ait été donné de goûter dans ma vie (et je n’exagère pas) chez Un cuoco all’opera (Corso Garibaldi). Passer de la douleur au rire, de zones sinistres aux villes charmantes, du dégoût à l’extase culinaire, ces deux jours n’auront été que contrastes !

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