Via Francigena

J23 – J24: de Pavia à Corte Sant’Andrea: aller au delà des apparences

Le départ de Pavia se fait sous un ciel gris agrémenté d’un petit crachin. Je traverse la périphérie de la ville au milieu du trafic routier qui s’associe à merveille avec ce type de zone industrielle maussade…  » Mais au fait, ma chérie »,me dis-je à moi même, « t’aurais pas pu plutôt choisir un séjour aux Maldives ou aux Bahamas ? Tu serais en train de siroter un mojito sur la plage ! » L’idée fait sourire l’autre Moi, qui la balaye rapidement, car elle sait qu’elle a fait le bon choix. Les paysages et les villages traversés ont triste mine aujourd’hui. De plus, je marche seule et la peur de voir apparaître un molosse enragé s’est apaisée…ce qui laisse une place de choix à mes vagabondages intérieurs: je pense à ma vie, à mon futur, à mon passé, à ce que je ne veux plus, à ce que je veux, à mes doutes, aux gens que j’aime… Grâce à la marche, cela se fait avec une fluidité qui est loin d’être habituelle, et je prends plaisir à laisser divaguer mes pensées. Je ne vois pas le temps passer et j’arrive dans l’après-midi dans la petite ville de Santa Cristina e Bissone, qui me semble abandonnée: les commerces sont fermés (lundi oblige), les rues sont désertes… ma première impression est plombante. Je m’installe à l’Ostello où je retrouve Inna et Viktor, le couple russe, puis, environ une heure plus tard, je ressors et me dirige vers le bar du village (qui lui est ouvert, alleluia!). Et là, un tout autre spectacle s’offre à moi: je dépasse une discussion animée et rieuse entre promeneurs de chien pour arriver à la terrasse du bar, emplie de personnes plus ou moins âgées qui boivent café, bière ou vin en parlant fort et avec les mains…le soleil est sorti et il n’est pas le seul. Cette petite bourgade qui me semblait sinistre s’est transformée en joyeuse contrée où je me verrais presque m’installer ! Je finis la journée dans la même ambiance à la pizzeria du coin, avec mes camarades russophones. Autant vous dire que la conversation est minimaliste.

Si le ciel était gris hier, ce matin je suis accompagnée d’un brouillard épais qui donne une teinte halloweenienne aux forêts que je traverse. Étrangement je trouve cela plutôt agréable et poétique. À peine le temps d’en profiter que déjà le ciel se dégage, laissant apparaître des collines bucoliques et des champs de maïs prêts pour la récolte. J’observe à l’occasion d’une pause la danse des machines agricoles qui s’attelent à ce travail: fascinant ! En repartant, lorsque je salue l’agriculteur sur son engin, il me semble d’abord indifférent et froid. En effet, il répond à peine à mon geste. Mais, à ma grande surprise, il descend ensuite à mon niveau et nous discutons finalement pendant dix bonnes minutes de la Via Francigena, de mon expérience, de son travail…Un homme fort sympathique! Lorsque j’arrive à l’Ostello Ad Padum à Corte Sant’Andrea, j’expérimente à nouveau mes préjugés: j’y rencontre Felice, un retraité bergamasque qui me semble sérieux et fermé, et Mauro, à propos duquel je me dis (et j’en ai honte): « Ça doit être un plouc… ». Et pourtant… notre trio improbable a passé une soirée exceptionnelle à parler d’histoire, de philosophie, des valeurs importantes dans la vie, mais aussi de cuisson des pâtes, de prostate et de neuro-urologie. J’ai ri, j’ai découvert des idées nouvelles, j’ai appris une foule de choses de deux êtres humains ouverts et réfléchis. Quel dommage cela aurait été de ne pas dépasser mes premières impressions et de me priver de leur compagnie ! Il n’est pas facile d’aller au delà des apparences (ou plutôt de ce que l’on projette sur les autres, car les apparences sont celles que l’on perçoit avec nos propres filtres) mais cela peut amener de grandes et belles surprises.

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