Via Francigena

J21 – J22: Pavia, chez soi loin de chez soi

Je me réveille dans « ma maison de campagne » au bruit des oies, des ânes et d’autres animaux non identifiés. Tout est paix et sérénité… Mais 25 kilomètres m’attendent jusqu’à Pavia, il ne faut pas trop traîner. Je me mets en route le long d’un canal d’eau claire. La rosée, qui recouvre délicatement les herbes sur lesquelles je marche, brille d’une lumière discrète. Je goûte chaque pas de ce merveilleux petit matin. Je sors subitement de cette contemplation quand j’aperçois un, puis deux, puis trois chiens qui viennent vers moi. Je me tends et me fige mais reste calme: ils semblent plutôt pacifistes. Je me répète tel un mantra: leur maître ne va pas tarder à arriver, il va arriver c’est sûr…Les chiens me reniflent, tournent autour de moi, et enfin leur maître arrive…armé d’un fusil, c’est un chasseur. Heureusement il ne m’a pas prise pour un faisan (la ressemblance ne me semble pas flagrante mais sait-on jamais). Derrière moi apparaissent également Andy et Michelle. Il y a deux minutes je me sentais seule au milieu de terres inexplorées, maintenant cette densité humaine inattendue me donne l’impression d’être sur les Champs Élysées un samedi de décembre ! Passée l’émotion (et la fierté de n’avoir pas paniqué), je continue tranquillement ma route avec Andy et Michelle. Le chemin aujourd’hui est particulièrement plaisant: villages animés, bain de pieds improvisé dans un canal, pique-nique arrosé du vin qui a remplacé l’eau dans la gourde de mes amis écossais, marche dans les sous-bois du parc Ticino, qui longe la rivière du même nom jusqu’à l’entrée de Pavia. Je ressens tout de même le nombre de kilomètres parcourus lorsque j’arrive à l’auberge de jeunesse Santa Maria di Betlem. Une douche bien chaude plus tard, je pars à la découverte de la ville, qui sera mon chez moi pour deux jours puisque j’ai décidé de m’accorder une journée de repos. Pavia me charme dès la traversée du Ponte coperto qui sépare le quartier où je réside du centre: ses places, ses églises romanes, ses rues pavées… Tels des aimants, les marcheurs se retrouvent toujours au milieu des foules et je ne suis donc pas surprise de tomber sur Andy et Michelle devant la cathédrale. Notre programme de la soirée : un plat de spaghetti, une glace et au lit !

Depuis plusieurs jours, je projetais de faire une grasse matinée à Pavia, mais, bien entendu, à 7h30 j’ai les yeux grands ouverts…grrr…Je décide de prendre la chose du bon côté et je traîne au lit, me prélasse toute la matinée…ah oui, c’est bien quand même! Ce midi, j’ai rendez-vous avec Carla, une italienne qui partage sa vie entre Nice et Pavia et que j’ai rencontrée en juin lors d’une visite dans la ville natale de mon père. J’ai tenté le coup et l’ai contactée il y a quelques jours. Une chance, elle est à Pavia jusqu’à demain. Elle passe me chercher et j’ai la surprise de voir qu’elle est accompagnée de sa belle-soeur et de son neveu que j’ai aussi rencontrés en juin. Je commence à vraiment me sentir en terrain connu. Nous allons déjeuner dans un restaurant tout simple (mais délicieux) au bord du Ticino un peu à l’écart de la ville, aucun touriste à l’horizon. Je me sens à l’aise, presque un dimanche en famille. Puis Carla me fait découvrir la ville à sa façon : je découvre le théâtre, pourtant fermé au public, car elle m’y fait rentrer, nous passons saluer son amie dans la pâtisserie la plus ancienne et renommée de Pavia: Vigoni (qui existe depuis 1878), nous visitons l’université… Cette journée de repos pendant laquelle je me sens si à l’aise, alors que je n’ai aucun repère ici, me fait réfléchir au concept du « chez soi ». Qu’est ce que se sentir chez soi ? Cela varie pour chacun d’entre nous: être près des siens, avoir des repères connus, des habitudes, des objets… Aujourd’hui j’ai l’impression qu’être chez moi, c’est simplement être à l’aise où je suis et avec qui je suis. Mon « chez moi » voyage avec moi !

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