Via Francigena

J19 – J20 : de Robbio à Garlasco, les nuits insolites

Andy, Michelle et moi partons tranquillement de Robbio de bon matin (mais pas trop quand même…La fatigue commence à se faire sentir au réveil). Les kilomètres s’enchaînent vite en parlant de tout et n’importe quoi, en riant et en s’arrêtant prendre des cafés de temps en temps. L’étape d’aujourd’hui ne fait que 14 kms, donc nous arrivons rapidement à Mortara, où nous allons dormir à l’abbaye de St. Albino. Pas vraiment renseignée, je m’imagine loger dans une cellule spartiate au milieu de moines ou de nonnes, je me vois manger une soupe à 18h30 dans un silence religieux, et être réveillée à 5 heures du matin par des cloches annonçant une messe. La réalité est toute autre: nous sommes accueillis par Franca, un personnage haut en couleurs à la voix rocailleuse et l’humour salace. Nous dormirons tous ensemble dans l’unique salle juxtaposée à l’église et y mangerons également. L’endroit est agréable, avec un jardin ensoleillé où se languissent une chatte et son chaton. Nous sommes rejoints par Laura et sa fille Esther, qui viennent de Gènes et marchent toutes les deux pendant quelques jours. La très belle complicité entre la mère et la fille se ressent fortement et nous passons un très bon moment tous ensemble autour du délicieux repas préparé par Franca. Je passe cependant une nuit agitée. Peu habituée à dormir dans un espace si grand, je me réveille plusieurs fois légèrement désorientée.

Un réveil très matinal à l’Abbazia du St. Albino: Franca nous a prévenue, elle nous mettra dehors à 7h30…ouille ! Mais je connais désormais les avantages de commencer à marcher tôt: le ciel est souvent superbe. Aujourd’hui ne manque pas à la règle. Je marche avec Laura et Esther, et au gré de nos rythmes respectifs, nous accompagnons aussi de temps en temps Michelle et Andy.

Nous arrivons dans la petite ville de Garlasco, aux couleurs chatoyantes. Je me régale d’une glace artisanale réglisse-coco puis dis au revoir à Laura et Esther. Ce soir, j’ai trouvé un ostello qui attise ma curiosité: la Casa del pellegrino de Cascina Toledina, géré par la Fondation Exodus (connue surtout pour son action envers les usagers de drogue). Il s’agit d’un centre qui accueille des mineurs auteurs de délits et qui y sont placés comme alternative à la détention, dans le cadre d’un programme de réinsertion. Ils ont décidé d’ouvrir un ostello pour les pèlerins, afin de créer une certaine mixité et d’ouvrir les regards des marcheurs comme des jeunes à l’altérité. Je trouve le principe très intéressant. Je m’éloigne du centre de la ville pour me diriger vers le lieu, quelque peu excentré et me retrouve bientôt en pleins champs. Puis une jeune femme au loin m’appelle : « Sabiné! Sabiné! », elle vient à ma rencontre et m’indique le chemin : « Tu verras, c’est là où sont les animaux… » Aïe, j’ignorais qu’il y avait des animaux. Une image de chien féroce s’imprègne dans mon cerveau et je lui demande immédiatement des précisions. Il s’agit d’ânes, de chèvres… ah, sympa ! Son collègue Angelo m’attend. Il est seul…et en m’accueillant me demande si cela ne me pose pas de problème de rester ici seule… »Euh, comment ça seule ? » Les jeunes font une marche de trois semaines en Sicile, lui et ses collègues ne viennent que pour donner à manger aux animaux, aucun autre marcheur ne les a contactés pour ce soir… Ah oui, d’accord… et bien, ce sera encore une occasion de me confronter à mes peurs… Passée cette surprise, j’aide Angelo à nourrir les animaux, tout en parlant de ce qu’ils font ici, passionnant !

Le soir, je me sens finalement comme chez moi dans l’appartement qui est mis à ma disposition: je me cuisine un gros plat de pâtes avec tous les produits frais qu’Angelo m’a récolté dans le potager, je mets la musique à fond sur mon téléphone et passe une soirée tranquille et sereine (mis à part les quelques réveils en sursaut au moindre bruit pendant les premières heures de la nuit…on ne change pas une petite chochotte en aventurière sans peur et sans reproche en quelques semaines, n’exagérons rien!)

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