Via Francigena

J17 – J18: de Santhià à Robbio, savourer l’hospitalité

Très tôt ce matin, je me mets en marche: l’étape jusqu’à Vercelli est longue et il va faire très chaud. Parcourir les rizières et les champs à perte de vue sous un soleil de plomb n’est pas des plus recommandable. Je me délecte du spectacle que je trouve devant moi: le dégradé rouge orangé du soleil levant éclaire les silhouettes des pèlerins noyés dans la brume. Rapidement, je rattrape mes camarades italiennes et aujourd’hui je chemine avec elles, d’autant plus que nos routes se sépareront ce soir. Nous croisons d’autres marcheurs désormais familiers: Inna et Victor, un couple de russes qui avalent les kilomètres et ne parlent que le russe, ce qui rend assez cocasses les tentatives de conversation; Marie et Kathrin, deux soeurs suisses très sympathiques suivies par les maris en camping-car, elles les retrouvent régulièrement dans la journée pour un combiné de ravitaillement et de soutien moral. La chaleur devient vite écrasante, sans ombre à l’horizon, alors la cadence s’accélère et nous arrivons tôt mais extenuées à Vercelli. Après un plat réconfortant de pâtes dans une trattoria, nous découvrons le centre de la ville et je me sens vite régénérée: moi qui avais imaginé une bourgade industrielle quelconque, je suis charmée par les ruelles pavées et les places colorées de cette ville. J’arrive à l’Hospitale Sancti Eusebi, une auberge où je vais passer la nuit, et y rencontre les deux volontaires qui s’en occupent cette semaine: Cécilia, une force de la nature brésilienne, et Enza, une jeune et pétillante calabraise. Elles m’expliquent le fonctionnement du lieu: un dîner en commun est proposé le soir, ceux qui le souhaitent peuvent aider Enza et Cécilia à le préparer, ils offrent aussi le petit-déjeuner le matin, et pour ce qui est du prix pour l’hébergement et tout cela, c’est « a donativo »: chacun donne à hauteur de ce qu’il veut/peut, une petite caisse se trouve à l’entrée. Ce que chacun donne sert pour entretenir l’auberge et accueillir les « pellegrini » du lendemain. Les volontaires qui s’occupent du lieu sont eux-mêmes des marcheurs qui souhaitent s’investir pour les autres et donner un peu plus en retour. Ils viennent du monde entier par le biais d’un reseau associatif. Comme me le dit Cecilia autour du dîner delicieux et animé auquel je participe (et que j’ai contribué à préparer pour ceux qui en douteraient), où l’on alterne entre français, italien et anglais au gré des conversations, il y a deux façons de faire la Via: la parcourir ou soutenir ceux qui marchent, cette fois-ci elle a choisi la deuxième option.

Le lendemain matin, après un au revoir des plus chaleureux à Cecilia et Enza, je pars seule. Je ne tarde pas à retrouver les sisters suisses, mais elles marchent vite, et sont bientôt loin devant moi. C’est donc en mon unique compagnie que je passe du Piémont à la Lombardie, région que mes aïeux ont quitté pour la France. J’ai une pensée émue pour eux. À quelques centaines de mètres de ma destination, alors que je n’ai pas encore déjeuné et que mes pieds commencent à se rebeller, je trourne la tête et voit apparaître mes compatriotes suisses et leurs époux, confortablement installés sur leurs chaises de camping, autour de leur table pliable de compétition, et prêts à déguster un pique-nique amélioré composé de pain frais, de charcuterie et fromages artisanaux et arrosé de jus de fruit tout droits sortis du frigo ! J’en rêve, ils le font: ils m’invitent à leur table et insistent pour partager leurs vivres avec moi. J’accepte avec enthousiasme leur hospitalité. Étrangement, aucun d’entre eux ne se servira dans les crackers et les barres de céréales que je leur propose à mon tour.

Repue et détendue, je les quitte et parcoure les derniers mètres jusqu’à l’Ostello communale de Robbio, lui aussi « a donativo », situé dans les bâtiments de la mairie et de la police municipale. J’y passe une soirée des plus agréables avec Michelle et Andy. Nous le quitterons seulement pour un digestif au bar du coin, où je pourrai vérifier avec amusement la passion des italiens pour le football !

Que ce soit de la part des bénévoles qui s’impliquent dans le fonctionnement des nombreux « ostelli a donativo » que l’on trouve sur la Via Francigena, ou de la part des autres marcheurs, cette hospitalité et ce plaisir simple de partager m’impressionnent.

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