Via Francigena

J6 – J7: d’Orsiėres au Col du Grand Saint-Bernard, trouver les ressources, en soi et autour de soi

Ouille, le démarrage de ce 6ème jour est difficile: une côte abrupte et droite, un ciel maussade et menaçant, des ampoules qui se rappellent violemment à moi à chaque pas, j’ai froid, j’ai chaud, je ne sais plus… Il est loin le concept de non dualité ce matin. Mais un autre prend sa place: l’impermanence, je me répète que tout passe, cette douleur aux pieds va passer aussi…Et en effet ça passe, je mets un pied devant l’autre, la pluie s’installe et tester mon attirail me distrait, j’achète du chocolat noir aux noisettes en passant dans le petit village de Liddes, je dévore la moitié de la tablette, l’effet euphorisant et réconfortant est immédiat ! Je poursuis, je m’encourage et troube la force de continuer. Puis je finis par arriver à Bourg Saint Pierre, dernière étape avant le passage du col et le passage en Italie. Il est encore tôt. Une douche très chaude plus tard, je pars découvrir le vieux moulin et le jardin alpin. Ce soir je change de compagnons et passe la soirée avec Andrew et Michelle, (très) jeunes retraités écossais à l’humour acerbe tel que je l’aime tant ! Je me couche heureuse de cette journée, avec l’impression de m’être dépassée physiquement et psychologiquement.

En ce dernier jour en Suisse, c’est auprès des autres que je trouve les ressources qui me manquent. À peine partie, je tombe sur Victoire et Louis, jeunes mariés qui marchent de Paris à Jérusalem en toquant aux portes pour demander aux gens l’hospitalité, et sur Nicole, 79 ans (oui, vous avez bien lu), qui a voyagé de Londres à Dijon en vélo puis continue en marchant ! Tous les trois m’inspirent, chacun à leur façon, et je suis d’autant plus ravie qu’ils m’accompagnent que vient le moment de traverser un champ de vaches de combat (moi non plus je n’imaginais même pas que cela puisse exister) et que certaines d’entre elles bloquent nonchalamment le chemin, me fixant d’un oeil suspect. La présence de mes trois compères me donnent la force d’avancer malgré tout, alors que seule je serais probablement restée paralysée ou aurais fait illico demi-tour pour prendre le premier train pour Paris. Quelques minutes après, c’est du gardien de ces vaches que me viendra une aide indispensable lorsque le chien qui l’assiste fonce sur moi en aboyant, entraînant chez moi un début de crise cardiaque. Un simple « Molla » (Laisse » en italien) de sa part et la situation s’apaise, le chien retourne tranquillement à ses occupations…mon coeur mettra tout de même trois bonnes minutes à retrouver un rythme plus ou moins normal.

La montée est rude mais la montagne magnifique. Une belle solidarité s’installe entre Victoire, Louis, Nicole et moi: nous nous attendons, partageons nos vivres, nous encourageons, et finissons par y arriver: nous sommes au Col du Grand Saint Bernard !

Après une petite bière pour se récompenser de cette victoire, nous nous installons à l’hospice, qui a vu passer Napoléon et des milliers de voyageurs, un havre de paix ! Je passe la soirée au chaud à 2473 mètres d’altitude et environ 300 mètres de l’Italie, entourée de la plupart de ceux que j’ai croisés depuis Lausanne. Ils ont en commun d’avoir eu envie, ou besoin, de quitter leur quotidien et leur confort pour vivre autre chose, et d’avoir osé le faire. C’est ce qui nous rassemble je crois.

Heureux soient les fêlés car ils laisseront passer la lumière. » Michel Audiard

Laisser un commentaire