Via Francigena

J35 – J36: de Massa à Lucca, toute une palette d’émotions

Je me réveille avec un peu de vague à l’âme, une nostalgie difficilement palpable…peut-être parce que j’arrive bientôt à Lucca, mon premier objectif dans ce voyage, peut-être parce que demain ma route quittera celle de Marco, avec qui j’ai pris goût à partager mes soirées, peut-être parce que mes proches me manquent, peut-être parce que je redoute un peu l’après : après Lucca, après la fin du voyage, après le retour… Je décide de ne pas chercher à étouffer cette vague mélancolique: je l’accueille, je la prends dans mes bras avec tendresse, elle m’accompagne une partie de la journée alors que j’avance dans les collines et à travers les blocs de marbre stockés en bordure de chemin. Je fais une pause à Pietrasanta, ville qui accueille de nombreux artistes du monde entier, notamment ceux travaillant le marbre, et qui respire l’art par tous ses pores. Je m’arrête dans une galerie. Là, mon état intérieur rentre en symbiose avec le portrait d’un enfant qui pleure et qui fixe son spectateur, moi en l’occurrence. Il semble avoir été là à m’attendre, justement aujourd’hui, pour être mon reflet. Il pleure d’émotion, mais au fond il n’est pas triste… juste entier, vivant. Un très beau cadre et un très beau moment. Je poursuis mon chemin avec une allégresse retrouvée, et arrive à Camaiore, après avoir longé un canal très tranquille et arboré. Marco, Regina et Ingrid sont déjà à l’Ostello del pellegrino, une magnifique bâtisse qui était auparavant une abbaye. Ce soir, je trinque avec Marco au petit bout de via (et de vie) parcouru ensemble, empli de complicité, de confiance et de rires.

Et voilà, un grand jour est arrivé: cet après-midi, je serai à Lucca. Presque 730 kms depuis mon départ de Lausanne, plus d’un mois de marche…je me sens excitée et tranquille à la fois. Un subtil sentiment d’irrealité entoure tout cela… Ce matin, la beauté accompagne chacun de mes pas: les rayons du soleil perçent avec délicatesse les feuilles des arbres que je dépasse. J’avance dans ce calme, à peine perturbé par les centaines de cyclistes que je croise (Ah oui: on est dimanche! J’ai depuis longtemps perdu la notion des jours et je m’en délecte). J’entre dans le petit village encore endormi de Valpromaro sans me douter de ce qui m’y attend. Une maison aux portes ouvertes laisse échapper des rires et des discussions animées. En m’approchant, je constate qu’il y est écrit « Casa del pellegrino ». Un homme en sort et m’interpelle: « Pellegrina ? » « Si ». Et là, je suis emportée dans un tourbillon de joie et de chaleur: il me propose un café, à manger, me fait entrer, me présente les autres volontaires, Fiorella et Eleonora… Cet homme s’appelle Giovanni et il est l’un des bénévoles qui s’implique pour la Via Francigena en Italie et en Europe. Il me donne des adresses, des conseils… Tous les trois m’offrent un accueil incroyable, sans rien attendre en retour. Bien que je ne passe que quelques minutes avec eux, ils me disent au revoir en me serrant dans leurs bras avec générosité et (j’ose le dire: de l’amour, l’amour le plus simple pour son prochain). Une telle sincérité, une telle humanité que je sens un feu s’allumer dans mon coeur et les larmes monter dans mes yeux ! Encore un beau cadeau de la vie. Je médite sur tout cela pas à pas, sur la richesse des émotions qui nous traversent et s’entremêlent d’heure en heure: la peur, la colère, la tristesse, la joie et tant d’autres… et, sans m’en rendre vraiment compte, me voici à Lucca !

2 réflexions au sujet de “J35 – J36: de Massa à Lucca, toute une palette d’émotions”

  1. Que d’émotions encore à te lire!! Je suis comme quand je regarde une série, trop envie de connaître la suite, impatiente du prochain épisode!! Iras-tu jusqu’à Rome ? Suspense…j’ai hâte de savoir la suite!!!! Grandi bacci grande amicca

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