Wwoofing et autres expériences "plus de mon âge"

Ma (courte) vie d’éleveuse de biquettes italiennes

L’idée me trottait dans la tête depuis un moment, sans oser le faire… Des pensées pas très aidantes du style: t’es trop vieille pour ça, t’as plus 20 ans, on va se dire que tu refuses d’être adulte, personne ne va t’accepter… Et puis, débloquée par la Via Francigena, par le déménagement à Grenoble à 40 ans passés en mode badass, j’ai foncé: j’ai fait du wwoofing 🙂

Moi qui, à chaque petite frustration ou contrariété, surtout liée à un travail bureaucratique et procédurier, pensais très fort et disais tout bas : Je vais partir élever des chèvres et faire du fromage perdue dans la montagne…et bien j’ai fini par oser tester !

Un cadre enchanteur et familial

Après une première expérience de wwoofing mitigée dans les montagnes piémontaises, où j’ai plus fait la vaisselle d’un resto de montagne que découvert la permaculture et au cours de laquelle ma capacité d’adaptation a été fortement sollicitée, je débarque à la chèvrerie de Mauro, Alessandro et Tiziana sur les hauteurs du lac de Garde. Accueillie par les chiens Blake et Eli, je découvre un endroit magnifique (et bien reculé), où vivent paisiblement une trentaine de chèvres et leur comparse Astérix le bouc (je me suis aperçue très tardivement que le mâle de la chèvre est le bouc et non le bélier, c’est dire à quel point je pars de loin en termes d’élevage caprin).

Ici , à peine la traite faite, Mauro, Tiziana et leur fils Alessandro produisent eux même, dans leur caseificio, le fromage qu’ils distribuent ensuite aux restaurateurs de la région et sur les marchés du mouvement Slow Food. On sent tout de suite l’amour des bons produits. Anciens cuisiniers, cela fait 7 ans qu’ils ont changé de vie et se sont installés. Ils vont me faire partager leur quotidien pendant deux semaines.

Elargir sa zone de confort

L’emploi du temps n’est pas si chargé mais le réveil à 6h le matin pour la traite pique pas mal…tous les jours je me demande ce qui m’a pris de me lancer là dedans. Mon côté ronchon se réveille systématiquement en premier et râle, mais il est suivi de près par l’enthousiasme de faire des choses aussi éloignées de ma réalité citadine, de cotoyer les biquettes trop mignonnes et Blake, qui ne me lâche pas d’une semelle. La traite est suivie du travail dans la laiterie, où j’apprends à transformer le lait en ricotta, en mozzarella de chèvre (une tuerie), en bûche… Le déjeuner pris en compagnie de mes trois enseignants est toujours un grand moment: en temps qu’anciens cuisiniers, de surcroit italiens, je me délecte chaque midi ! Puis une petite sieste et c’est à nouveau l’heure de la traite, puis temps libre. Le soir c’est chacun chez soi et je profite du petit appart très confortable mis à ma disposition dans une ancienne grange.

Au fil des jours, je remarque que ma volonté de bien faire, d’être dégourdie, de « savoir faire » me parasite un peu l’expérience. Par exemple, je ressens un peu de stress avant chaque traite des chèvres. Peur de mal faire, de décevoir… Je profite de toutes les belles choses simples, mais je constate une difficulté à être dans le moment présent: le soir je pense déjà aux bûches de fromage que je vais rouler le lendemain, qu’hier celles que j’ai faites n’étaient pas vraiment réussites, j’anticipe et j’angoisse un peu. On ne se refait pas on dirait ! Je me rassure en me disant que je n’ai pas signé pour le concours de la plus belle bûche de fromage de chèvre, jusqu’à preuve du contraire 🙂

Pendant un des courts instants où il y a du réseau internet, je vois un post sur Instagram qui dit que pour développer sa confiance il faut faire des erreurs. Cela raisonne fortement avec le roulage des bûches de chèvre et l’agilité nécessaire à la manipulation des appareils de traite hahaha ! En effet: je suis pas super douée pour ça, mais c’est pas grave, ça ne fait pas de moi quelqu’un de moins bien. Je pense que cette idée est juste : on développe sa confiance aussi par les erreurs. Je ne peux pas être bonne en tout et c’est bien comme ça, pas de problème. Je pense que ce qui compte c’est l’attitude : je suis volontaire, je suis sympa, je suis à l’écoute des conseils et critiques, donc pour moi, et indépendamment de ce que Tiziana, Mauro et Alessandro peuvent penser de moi, je remplis le contrat tacite du wwoofing !

Les apprentissages que j’en tire

Ce ne sont pas des vacances, c’est une expérience de vie. Elle m’apprend la ténacité, la valeur de l’engagement, me fait prendre conscience de la nécessité d’être plus indulgente avec moi-même, que les erreurs font partie de l’apprentissage. Une fois de plus je constate que chaque expérience de la vie n’est pas positive ou négative en soi, il y a des aspects positifs et négatifs qui cohabitent et c’est très bien comme ça.

Ces deux semaines m’ont fait réaliser d’autres choses: pour faire de bons produits, dans le respect du vivant, il faut vraiment beaucoup de travail et de patience, de dévouement même. Tiziana, Mauro et Alessandro ont très peu de temps pour eux, peu de loisirs, pas de vacances, les weekends sont très rares.

Tous ces métiers, ces activités sur lesquelles je fantasme : avoir un gîte, tenir un refuge, élever des chèvres (enfin ça, ça y est, ce n’est plus un de mes fantasmes depuis que je l’ai confronté à la réalité), sont bien loin d’être aussi idylliques dans la réalité car ils demandent énormément de travail. Je repars avec d’autant plus d’admiration pour ces gens qui s’engagent pour nous apporter une nourriture saine et gourmande !

1 réflexion au sujet de “Ma (courte) vie d’éleveuse de biquettes italiennes”

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